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La
maladie de Paul Klee
Professeur
Jean Cabane
Chef de service, Service de médecine interne
Pavillon Horloge 2, hôpital St Antoine 75012 - PARIS
Président du GFRS
Tous les membres de l'ASF connaissent
l'emblème de l'association, le tableau " chant d'amour à
la nouvelle lune " que Paul Klee peignit il y a soixante-dix ans
et qui exprime la souffrance globale de la sclérodermie. A ce
titre, nous sommes reconnaissants aux héritiers de ce peintre
immense et à la fondation Paul Klee d'avoir autorisé l'ASF
à utiliser ce tableau qui est à la fois un signe de ralliement
et un logo extraordinaires.
Paul Klee a fasciné beaucoup
de monde depuis cette date et sa célébrité n'a
fait que croître, signe indubitable de la classe exceptionnelle
de son art. Sa maladie mortelle, la sclérodermie systémique,
a fait néanmoins assez peu l'objet de recherches et une incertitude
a longtemps plané sur ce domaine.
Paul Klee, de nationalité allemande, est né
en 1879 et a grandi à Berne. Fils d´un professeur de musique
et d´une cantatrice, il s'est avéré très
tôt comme un excellent musicien, un dessinateur et un peintre
hors pair. Il s'est marié en 1906 avec la pianiste Lily Stumpf
et ils se sont installés à Münich. Dans les années
1911-1912, Klee rencontra August Macke et Vassily Kandinsky, puis Robert
Delaunay, Hans Arp et Franz Marc qui étaient les peintres avant-gardistes
du moment. Ils échangèrent et produisirent des uvres
exceptionnelles. Leur mouvement pictural dénommé le Cavalier
Bleu " Der Blaue Reiter " tint sa 2° exposition en 1912
à Münich. Klee y participa avec 17 oeuvres.
En 1914, Klee fit un voyage décisif en Tunisie. Son enthousiasme
pour la palette chromatique méditerranéenne explosa:
"La couleur et moi sommes un. Je suis peintre."
En 1920, Klee intégra comme enseignant le Bauhaus
(école d'art) de Weimar, qui sera attaqué par l´extrême
droite comme " un foyer de bolchevisme culturel " ; il déménagea
en 1923 à Dessau où il travailla comme professeur d'art.
Sa production artistique augmenta de même que son impact pédagogique
auprès de ses élèves. Il participa à la
première exposition surréaliste à Paris, et obtint
en 1930 un poste de professeur à l´Académie des
Beaux-Arts de Düsseldorf.
Le destin de Paul Klee bascula lors de l'accession au pouvoir de Hitler
en Allemagne. Il devint rapidement évident que Klee était
un opposant irréductible au nazisme; il fut donc la cible d'une
propagande agressive, accusé d'être juif et de dégénéré,
et son contrat de professeur fut rompu brutalement sans préavis
en 1933.
Klee
fut donc amené à une émigration forcée.
Naturellement il dirigea ses pas vers son pays natal, à Berne
en Suisse. Malheureusement, tandis que l'art de Klee subissait un dénigrement
systématique qui culmina dans l'exposition "l'art dégénéré"
(1935) en Allemagne, Klee recevait un accueil froid voire glacial dans
le milieu artistique suisse où son art fut critiqué comme
"puéril", "schizophrène", "bête".
Klee tomba donc dans un isolement intellectuel et artistique profond,
favorisant une création autarcique. Il surcompensa cette difficulté
par une production intense et diverse de dessins, d'aquarelles et d'huiles
sur des thèmes très varies. Sa devise était
"aucun jour sans tracer une ligne".
Second traumatisme, Klee se trouva confronté en
1935 à la maladie sous forme d'une inflammation grave des poumons,
une pneumopathie. L'évolution en fut lentement favorable mais
il mit six mois à récupérer suffisamment pour repeindre,
et ses forces restèrent amoindries à jamais: Klee réalisa
très rapidement qu'il était entré dans une maladie
chronique épuisante de pronostic sombre. Celle-ci associait une
sclérose progressive du visage et du cou, respectant relativement
les mains (1935) ; ceci lui permit de continuer à peindre, mais
les médecins lui interdirent le violon ; il souffrit d'un reflux
gastro-oesophagien sévère avec sténose peptique
de l'oesophage d'où une gêne pour avaler, principalement
les aliments solides. Ceci joint à des problèmes intestinaux
et à des diarrhées obligea Klee à faire lui-même
sa cuisine pour se confectionner des purées qu'il ingurgitait
par petites quantités. Il développa une anémie,
et en 1936 il devint essoufflé. Une dilatation du cur fut
constatée sur la radiographie, et son état général
déclina.
Il
devint progressivement hors d'haleine pour des efforts de plus en plus
minimes, puis au repos. Finalement, en 1940, il fut hospitalisé
dans un sanatorium du canton le plus méridional de la Suisse,
le Tessin.
C'est
là que le diagnostic de " myocardite ", une défaillance
primitive du muscle cardiaque, fut porté, et il en mourut durant
l'été 1940.
Ironiquement,
ce n'est que quelques jours après sa mort qu'aboutit la demande
de naturalisation suisse qu'il avait déposée à
Berne dès son exil. Devenir bourgeois de cette ville était
l'un des vux les plus chers de Paul Klee, mais cette joie ne lui
fut pas accordée de son vivant.
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